Jeu nº73 : Thème : Gothique.
Contrainte : doit inclure une atmosphère et un lieu angoissants, un élément de surnaturel et... un clown.
Ce texte a fini troisième.
Le vent sentait la neige, alors qu'octobre, mourant, n'avait pas encore succombé à novembre. Comme si l'automne, son œuvre foliumicide accomplie, était déjà prêt à laisser place à l'hiver. Le froid mordant me glaçait jusqu'aux os, le cimetière ne semblait plus être une si bonne idée. Je ne sais pas ce qui m'avait poussé à y venir en premier lieu. L'incrédulité de la jeunesse peut-être...
Je n'avais que dix-neuf ans et je ne croyais pas aux légendes.
À ce jour, je ne suis toujours pas certain des événements de cette nuit funeste.
Une lune gibbeuse apparaissait aux travers de nuages sombres. Sa pale lueur allongeait les ombres des tombes qui m'entouraient. Une forêt macabre d'ancêtres oubliés, au milieu de laquelle quelques arbres véritables et décharnés découpaient des silhouettes de ténèbres plus profonds dans l'obscurité. Assis sur le marbre craquelé d'un défunt anonyme, j'observais les statues.
La ballerine et le clown hilare.
L'histoire voulait que de leur vivant, ils s'étaient aimés d'une passion secrète et interdite. Une sorte de Roméo et Juliette saltimbanques... Leurs regards avaient été seuls messagers de cet amour muet. Ironiquement, après le grand incendie, leur dépouille furent mises en terre presque cote à cote. Un unique mausolée, prétentieux de simplicité, déniait aux sculptures ornant leur sépultures le moindre espoir de ne serait-ce qu'un regard. On racontait qu'une fois tout les vingt ans, la veille de la Toussaint, elles prenaient vie, l'espace d'une nuit. Une idée romantique et loufoque, qui n'aurait pas eu les grâces d'un roman à deux sous et qui nous faisait bien rire... jadis.
J'avais dû m'assoupir un court instant, malgré la température hivernale, mais je m'éveillais en sursaut. Une main glacée venait de me saisir au poignée. Je me retournais pour découvrir mon assaillant ; mon cri d'effroi fut étouffé par des lèvres froides, d'une douceur improbable, qui se collèrent aux miennes dans un baiser soudain, un corps d'albâtre se pressant contre moi. Je fus submergé par de violentes émotions, qui m'étaient jusqu'alors étrangères. Je répondis avec avidité à l'étreinte empressée. Dans le tumulte fougueux qui s'ensuivit, je ne discernais plus ce qui était charnel et ce qui ne l'était pas. Je perdis toute idée de réalité et, je crois, conscience. Quand je sortis de ma stupeur, je me découvris échevelé et dévêtu, alors qu'une brume glaciale s'était levée. Désorienté et ne trouvant nulle trace de ma belle inconnue, je décidais de quitter les lieux au plus vite. La ballerine était à sa place, mais ne l'avait-elle pas toujours été ? Je fus par contre frappé d'horreur devant l'autre stèle... Le clown ne souriait plus. Son visage n'était maintenant qu'un masque de haine, dont je ne pouvais qu'être seul l'objet. Deux coulées sombres brillaient faiblement sous ses yeux morts pourtant incapables de larmes. Pris de panique, je me mis à courir, imaginant l'amant de pierre à ma poursuite, trop terrifié pour me retourner.
J'ai fui ainsi pendant dix ans, par delà le monde. Et j'ai ensuite vécu comme un reclus, cloitré, victime de cette terreur incertaine... jusqu'à maintenant.
Demain, sera le vingtième anniversaire de cette nuit et je retournerai au cimetière.
Pour en avoir le cœur net.
Pour la revoir...
Ou l'affronter, lui.
Welcome ! Bienvenue ! Willkomen !
Les textes présentés ici sont issus de ma culture biologique. Quelques défauts et autres erreurs grammaticales, syntaxiques et/ou orthographiques peuvent, peut-être (sûrement), avoir subsisté ; que voulez-vous, les produits bio sont rarement parfaits mais n'en ont, paraît-il, que plus de saveur...
...
... et puis on se trouve les excuses qu'on peut.
Merci de votre indulgence.
And, for our English speaking friends, this way please : Jeffw's Inn
(Oh ! And this is a literary blog, by the way)
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mardi 10 novembre 2009
La Proverbiale Vipère
Jeu nº72 : Thème : la jalousie.
Contrainte : inclure les mots Argent, Escalier, Vide, Dauphin et Hésiter.
Ce texte a fini dans les limbes du classement...
Bien sûr que cela avait été pour l'argent. On ne devenait pas le secrétaire particulier du Prince par patriotisme ou par amour de sa personne. Non. Pour l'argent et pour le pouvoir... la désillusion ne venait que par la suite...
Il reprenait son souffle dans l'un des escaliers de service, épiant le moindre son dans la demeure. Ces bruits, qui lui avait été si familiers auparavant, semblaient être devenus hostiles et menaçants. Il était vêtu de ses habits de voyage mais fut pourtant parcouru d'un frisson. Sur son épaule pesaient deux lourdes sacoches de cuir.
Des années il était resté dans l'ombre de cette baudruche. Lui servant de femme de chambre, de laquais, voire de nourrice, quand son Altesse Royale était indisposée. Un vulgaire esclave, rien de plus. Alors que c'était lui qui maintenait le tout à flots et à bout de bras... Lui, qui utilisait toutes les fibres de son intelligence pour remplir les coffres que les orgies de son Maitre laissaient vides. Placement, prêt, usure, extorsion, chantage, tout avait été bon, il avait utilisé tous les artifices, tiré toutes les ficelles. Pour quelle reconnaissance ? Aucune... Le benêt, qui prenait tout pour acquis, ne remarquait jamais rien, bien trop occupé à organiser la prochaine grande fête pour ses relations à la mode. Une cour arrogante et prétentieuse qui vivait à ses crochets, tels des parasites collés à un requin édenté et imbécile, trop borné pour discerner les poissons-pilotes des sangsues... Et lui, le petit, l'obscure, l'insignifiant, s'était toujours tenu en marge de la liesse, regardant l'emperruqué princier dilapider la fortune qu'il avait su patiemment amasser... et il l'enviait. Tous ces plaisirs défendus, il y avait droit aussi ! Il languissait secrètement pour cette vie de miel et de délice ; il désirait ces nuits de luxure et de débauche de toute son âme. En finir avec la misère et le labeur... Cesser de trimer pour ce dauphin qui ne serait jamais roi, tout au plus un bouffon...
Il était inévitable que cela se termine ainsi.
Dehors, l'attendait l'éblouissement d'un jour d'été et un nouveau commencement, qui lui tendait les bras ; une étreinte dans laquelle il pourrait enfin disparaître et se perdre. Adieu le Prince de sang...
Dans les poches des sacs, il sentait le poids des bons du trésors, de l'or et des bijoux, et même de quelques pièces d'argenteries qui s'étaient trouvées là. Autant le larcin l'avait rebuté, autant le régicide l'avait à peine fait hésiter.
... Encore une courte volée de marche, un couloir étroit et la porte, et il serait enfin libéré. Il fut brièvement aveuglé par le soleil bas, la simple chemise de coton qu'il portait ne faisait rien contre la morsure du froid matinal. L'automne était arrivé sans qu'il le remarque. Quand sa vision revint, il aperçut l'ombre tant redoutée sur les pavés de la petite place. Il leva les yeux. L'échafaud n'était pas si menaçant, après tout.
Contrainte : inclure les mots Argent, Escalier, Vide, Dauphin et Hésiter.
Ce texte a fini dans les limbes du classement...
Bien sûr que cela avait été pour l'argent. On ne devenait pas le secrétaire particulier du Prince par patriotisme ou par amour de sa personne. Non. Pour l'argent et pour le pouvoir... la désillusion ne venait que par la suite...
Il reprenait son souffle dans l'un des escaliers de service, épiant le moindre son dans la demeure. Ces bruits, qui lui avait été si familiers auparavant, semblaient être devenus hostiles et menaçants. Il était vêtu de ses habits de voyage mais fut pourtant parcouru d'un frisson. Sur son épaule pesaient deux lourdes sacoches de cuir.
Des années il était resté dans l'ombre de cette baudruche. Lui servant de femme de chambre, de laquais, voire de nourrice, quand son Altesse Royale était indisposée. Un vulgaire esclave, rien de plus. Alors que c'était lui qui maintenait le tout à flots et à bout de bras... Lui, qui utilisait toutes les fibres de son intelligence pour remplir les coffres que les orgies de son Maitre laissaient vides. Placement, prêt, usure, extorsion, chantage, tout avait été bon, il avait utilisé tous les artifices, tiré toutes les ficelles. Pour quelle reconnaissance ? Aucune... Le benêt, qui prenait tout pour acquis, ne remarquait jamais rien, bien trop occupé à organiser la prochaine grande fête pour ses relations à la mode. Une cour arrogante et prétentieuse qui vivait à ses crochets, tels des parasites collés à un requin édenté et imbécile, trop borné pour discerner les poissons-pilotes des sangsues... Et lui, le petit, l'obscure, l'insignifiant, s'était toujours tenu en marge de la liesse, regardant l'emperruqué princier dilapider la fortune qu'il avait su patiemment amasser... et il l'enviait. Tous ces plaisirs défendus, il y avait droit aussi ! Il languissait secrètement pour cette vie de miel et de délice ; il désirait ces nuits de luxure et de débauche de toute son âme. En finir avec la misère et le labeur... Cesser de trimer pour ce dauphin qui ne serait jamais roi, tout au plus un bouffon...
Il était inévitable que cela se termine ainsi.
Dehors, l'attendait l'éblouissement d'un jour d'été et un nouveau commencement, qui lui tendait les bras ; une étreinte dans laquelle il pourrait enfin disparaître et se perdre. Adieu le Prince de sang...
Dans les poches des sacs, il sentait le poids des bons du trésors, de l'or et des bijoux, et même de quelques pièces d'argenteries qui s'étaient trouvées là. Autant le larcin l'avait rebuté, autant le régicide l'avait à peine fait hésiter.
... Encore une courte volée de marche, un couloir étroit et la porte, et il serait enfin libéré. Il fut brièvement aveuglé par le soleil bas, la simple chemise de coton qu'il portait ne faisait rien contre la morsure du froid matinal. L'automne était arrivé sans qu'il le remarque. Quand sa vision revint, il aperçut l'ombre tant redoutée sur les pavés de la petite place. Il leva les yeux. L'échafaud n'était pas si menaçant, après tout.
mercredi 7 octobre 2009
Trampa a Simplón
Jeu nº70 : 4 incipits :
« Le chauffeur de taxi se disait que Becky était un beau morceau. »
« Peu avant l'aube, Pedro Santana fut réveillé par la lampe à pétrole qui fumait."
"Connaissez-vous le nec plus ultra en matière de transport ?"
"Paulette Lestafier n'était pas si folle qu'on le disait."
Le but est de les intégrer, dans l'ordre de son choix, à un récit cohérent, sans en changer ne serait-ce une virgule...
Ce texte a fini second.
Peu avant l'aube, Pedro Santana fut réveillé par la lampe à pétrole qui fumait. Dans un grognement, il fit comprendre au clodo d'aller finir son mégot ailleurs, et redressa le siège de son véhicule. La lampe à pétrole s'éloigna de l'antique Volkswagen, avec un ricanement mauvais. « La tempête arrive! » cru-t-il bon d'ajouter aux grincements de son caddie et aux cliquetis de ses dizaines de lanternes bringueballantes... Pedro s'extirpa de la voiture en maugréant : « ¡C'est ça, cabrón! Tu ferais mieux de te trouver un vrai nom! ». Il alla se soulager longuement sous le pont, où il avait garé son taxi pour la nuit.
En même temps que sa vessie, son humeur s'allégea; aujourd'hui serait une bonne journée.
La veille, il s'était assuré, à coup de baksheesh, une place à la station de taxi du Terminal d'Autobus Est. Ce n'était pas l'aéroport, mais il y avait toujours l'espoir de s'attraper un bon gros touriste...
Déjà, des auréoles sombres essayaient de reconquérir les frontières salées déposées par celles de la veille, sur le tissu délavé de sa chemise fatiguée. Il regagna la coccinelle verte et l'engagea dans le trafic engorgé des matins de Mexico City.
Il était midi. Le chauffeur de taxi se disait que Becky était un beau morceau. La graisse lui dégoulinait des commissures jusqu'au menton mais il replongea la main dans son carton de Becky's Bocboc Buckett, le meilleur poulet frit de Tepito!
« Connaissez-vous le nec plus ultra en matière de transport ? »
La voix le fit sursauter et il faillit s'étrangler sur son pilon.
« Euh... mon taxi ? »
« Non. Mais ça fera l'affaire pour le moment. Roulez. »
Il jeta un regard faussement indifférent dans le rétro. La femme qui s'était engouffrée sur la banquette arrière était petite et d'apparence stricte. Elle avait un accent prononcé – française ? – mais pas de valise. Pedro fit une moue dubitative, une touriste quand même...
« On va où ? »
« Hotel Capitol. Et pas la peine de me balader. »
Ah ! Le code international pour : s'il vous plait, monsieur le taxi, prenez mon argent.
Il lui fit faire le grand tour.
Il eut même l'idée de génie, après avoir épuisé tous les charmes de Notre-Dame de Guadalupe et du Palacio Nacional comme moyen de diversion, de suggérer le periferico, pour éviter les embouteillages du Zócalo. Sa passagère restait imperturbable et maintenait un flot continu de questions sur l'architecture et les monuments. Malgré ses airs sévères, elle avait l'air ravie et prenait beaucoup de photos. Il était vraiment tombé sur la Pigeonne de tous les pigeons.
Ils atteignirent l'hôtel en trois heures et le compteur affichait une véritable petite fortune.
Le retour sur terre de Pedro se fit sans parachute.
« N'est-ce pas la gare routière que j'aperçois de l'autre coté du parc ? »
Ce fut dit très innocemment.
« Je pense que 5 dollars suffiront amplement pour la course. »
Alors que le taxi s'éloignait rapidement, Paulette se tenait sur le trottoir, triomphante. Demain, achat de souvenirs pour parents et amis et retour à l'aéroport. Elle leur avait dit. Il suffisait d'un peu de jugeote et d'organisation. Tout Mexico en 24h sur un petit budget, c'était possible! Paulette Lestafier n'était pas si folle qu'on le disait.
mardi 1 septembre 2009
A la lettre.
Jeu n°68c :
Phrase de début imposée : " Parmi les papiers, il y avait une lettre curieuse ".
Ce texte a terminé 2eme.
Parmi les papiers, il y avait une lettre curieuse, en évidence, sur le bureau qui nous séparait. Et moi, comme un con, je n'avais pas pu m'empêcher de m'attarder dessus. Juste une seconde de trop, c'était déjà trop tard. Je savais que je n'y couperais pas.
J'avais l'impression que mes jambes étaient en coton. Debout, comme ça, devant mon tortionnaire...
L'angoisse me vrillait les tripes.
Il se faisait appeler Maître.
Comme marque de respect, j'avais toujours pensé 'monsieur' suffisant. J'avais tort.
Il était de la vieille école.
Mais qu'est-ce que j'avais fait ?! Rien ! Et à personne. J'étais tranquille dans mon coin, à m'occuper de mes affaires. Quand d'un coup, cueilli dans la foule ! Sans prévenir. Au hasard... pour me retrouver là...
Je jetais un œil furtif vers la fenêtre. Je n'aurais pas du. La lumière du dehors m'aveugla pendant quelques instants... Mes yeux piquaient déjà avant. Je sentais des larmes de frustration qui menaçaient, qui montaient pour atténuer la douleur ; mais pleurer était la dernière chose que je voulais faire.
Je sentais dans mon dos qu'on m'observait. On épiait ma moindre réaction.
Une sueur froide me couvrait le front. Mes jambes me faisaient mal maintenant. Et une sensation familière et déplaisante me taraudait le bas-ventre... Je n'allais quand même pas me pisser dessus ?! Pas devant Lui.
L'énorme boule que j'avais dans l'estomac manqua de se transformer en une peur panique déferlante, quand je vis sa main massive se diriger vers la lettre et s'en emparer.
Sa silhouette démesurée et improbable me surplombant, il me la présenta, le sourcil inquisiteur. Ses yeux me perçant de part en part.
Ma gorge était sèche... Je ne pouvais même pas avaler ma salive.
Je savais que si je parlais, ma voix tremblerait, craquerait.
Je ne pouvais pas... et puis, je n'avais rien à lui dire, moi !
Mais je ne pouvais plus reculer...
« K ? »
Un large sourire éclaira le visage de monsieur Bertrand. Il m'ébouriffa les cheveux, dans un geste amical. « Eh ben, tu vois Paul, quand tu veux... Tu le connais ton alphabet. Tiens. Allez, va t'asseoir. »
Je me retournais, sous les regards mi-envieux, mi-appréciateurs de mes copains de classe, et je repartais à ma place, tout courant. J'étais gonflé de fierté. Dans ma main, je serais bien fort un bon point. Mon premier bon point.
En fait, le CP, c'était facile.
Je savais même déjà l'écrire.
lundi 29 juin 2009
Rouge bulletin

Jeu n°66 :
Thème imposé : la fin de l'année scolaire.
Phrase finale imposée : J'ai pensé : "Il doit avoir ses raisons".
Avec l'obligation d'insérer au moins un mot étranger (les anglicismes courants étant refusés).
Chaque année c'est pareil. Plus qu'une semaine à tirer et paf ! d'un seul coup mon bureau se retrouve envahi, submergé par la paperasse : cahiers, formulaires, rapports et bien sûr... les bulletins. Ces saletés de bulletins pour des parents qui ne veulent pas comprendre et des mômes qui s'en foutent...
« Votre fils n'avait aucun espoir de réussir depuis le début, cette fin d'année en est la preuve retentissante ! »
Boum, suivant !
De toutes façons on s'en rendait bien compte que quelque chose allait craquer cette année, avec toutes les nouvelles consignes, les nouvelles directives du Ministère... le système est pourri à la moelle. Et pour une fois, Monsieur le Directeur est de mon coté... une bonne surprise ça...
« Your son is so thick that he became the wall of ignorance on which his classmates leaned for support. »
Après tout, pourquoi je leur simplifierai la tâche, aux parents d'élèves ? Ah ! Parlons-en des parents d'élèves et leurs soirées-séances de torture... « C'est comme aller au front... avec moins d'espoir », il disait Bertrand. Pauvre Bertrand, c'est moche ce que lui a fait l'Académie... « On ne peut pas inculquer les mathématiques à coup de ceinturon, M. Préchard !»... et hop, à la porte, retraite anticipée, on étouffe bien l'affaire, on graisse la patte des parents... « Inadmissible » qu'ils disaient, alors que ça se voyait qu'il était à bout, Bertrand... et puis, ça n'était arrivé qu'une fois... J'ai entendu dire qu'il s'était pendu dans sa maison de repos... mais on entend tellement de choses ici.
« Glückwünsche ! Er ist dumm. »
Oups, je m'égare... Allons, un peu de concentration Jean-Pierre, tu as presque finit.
Haha, pour un peu, ça me ferait marrer, même aujourd'hui...
Quoi ?!! On peut plus rire tranquille ?! Toujours les mêmes, toujours les trois du fond... et qu'est-ce qu'elle a à geindre comme ça ? Ah tiens, non, les deux du fond, ils n'ont pas réussi à arrêter l'hémorragie...
Bon, de retour au boulot. Au moins, elle ne pleurniche plus maintenant .
« Terminale est la pensée qui me vient spontanément quand j'évoque votre fille. »
Mes doigts effleurent machinalement le métal encore brulant, une onde de douleur satisfaisante me parcours le bras. Et je ricane bêtement parce que ça sent un peu le cochon grillé. Mais c'est vrai, c'est marrant ; j'ai comme un tressaillement imperceptible dans l'index droit à chaque fois que je m'en approche, c'est fou ces choses qui vous deviennent naturelles... Et mon petit dernier, il en est où ? Position fœtale au fond de la classe , c'est-y pas mimi ? Parfait. Il gémit tout doucement. C'est joli, ça me détend...
Plus qu'un bulletin.
Et deux balles dans le chargeur, une dans la chambre, juste ce qu'il faut. On attends plus que Monsieur le Directeur et ding-dong, l'école est finie... Ça fait bien 20 minutes qu'il est parti dans la salle des profs pour une dernière réunion. Ça ne devrait plus être très long. Je me demande bien où il a trouvé le hachoir, sûrement pas au réfectoire...
Du couloir me parviennent les derniers échos des derniers cris, qui meurent aussi...
Je n'aurais jamais imaginé que c'était son genre... Quand je l'ai vu arriver, je me suis dit, qui pourrait préférer les armes blanches aux armes à feu ? Et puis... J'ai pensé : Il doit avoir ses raisons.
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